« C’est chez eux que sont les derniers bastions du monde des origines, les derniers survivants de notre passé lointain. » On ne s’étonnera pas si l’ethnologue-cinéaste Jean-Pierre Dutilleux leur a donné le nom très explicite de peuples premiers,  depuis qu’il a décidé de leur consacrer toute son activité. Ces ethnies menacées de disparition, pour n’en citer que quelques-unes, ce sont les Kayapo et les Poturus d’Amazonie, les Korowaï, les Togutil, et les Toulambi d’Indonésie, les Mursi d’Éthiopie, les Mikea de Madagascar.

En 1977, Jean- Pierre Dutilleux réalise un long métrage sur Raoni, le chef des indiens amazoniens Kayapo. Le grand acteur Marlon Brando prête sa voix pour le commentaire. En 1989, il organise avec le chanteur Sting une tournée de Raoni pour sensibiliser le monde sur la déforestation. En 2004, il fonde avec Lionel Chouchan le Mondial du film d’aventure. Il a aujourd’hui à son actif une trentaine de films et plusieurs livres traitant des peuples premiers.

C’est sur l’insistance de Jean Claude Vinson, un Franco-malgache dont l’aïeul Albert Vinson avait représenté la France au sacre de Radama II, qu’il s’intéresse aux Mikea. Il ne le regrettera pas, car il trouve dans cette société très fermée tous les critères requis. Leur habitat est une forêt d’épineux s’étirant sur 70km de long et 30km de large entre Toliara et Morombe,  où il n’y a ni ombre ni… eau. Certains auront du mal à le croire, mais les Mikea sont bien les seuls êtres humains à pouvoir vivre sans eau. Pour la simple raison qu’elle n’existe pas chez eux, à part les rares et bien maigres pluies dont le passage ne laisse que quelques mares infectées de microbes.
La base de leur subsistance est le baboho, une igname dont les tubercules poussent dans le sable à profondeur d’un bras d’homme. D’une teinte légèrement laiteuse, il rappelle la pastèque et est à la fois leur pain et leur eau. Pas de riz puisque l’eau nécessaire à sa cuisson n’existe pas. Par contre, beaucoup de grillades et du miel sauvage.
Jean Claude Vinson qui est aussi un musicologue averti, a réussi, il y a une quinzaine d’années, à faire venir dans la capitale un Mikea authentique- contrairement à d’autres qui exploitent commercialement ce label-  du nom de Refonitse qui eut ainsi l’occasion de se produire au Centre culturel Albert Camus pour sensibiliser le public. Car les Mikea sont un peuple en voie de disparition. Un jour on parlera d’eux au passé, mais cela n’influera en rien sur les statistiques ronflantes des maîtres ès développement.

Ce jour-là, qui pourra être sûr qu’on n’aura rien perdu ?

Source de l'article : http://www.lexpressmada.com/blog/magazine/bemiray-43401/

Baboho

Un morceau de Baboho, la fameuse racine gorgé d'eau et de féculent et de sucre